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Fred Potter, Netatmo – « Développer un objet connecté demande environ 2 millions d’euros »

Pour mieux comprendre le marché de l’internet des objets, j’ai eu l’occasion de poser une dizaine de questions à Frédéric Potter, le fondateur et CEO de la société Netatmo, à l’origine notamment d’une station météo, d’un thermostat, et d’un bracelet « anti soleil » connecté.

Du montant nécessaire pour développer des objets connectés aux acteurs français du secteur qui tentent de tirer leur épingle du jeu, en passant par popularité des objets connectés sur Kickstarter ou Indiegogo, apprenons-en plus sur ce marché qui risque de devenir de plus en populaire dans les prochaines années.

AH : Frédéric Potter bonjour. Après avoir fondé début 2008 la société Withings avec Cédric Hutchings et Eric Carreel, vous avez lancé en avril 2011 Netatmo. Pourquoi avoir créé votre propre société indépendante ?

Frédéric Potter : Bien que je dispose d’une formation d’ingénieur, je n’en reste pas moins un entrepreneur. J’ai cofondé 3 sociétés : Cirpack en 2000, Withings en 2008 et Netatmo en 2011. Ce qui m’intéresse c’est de réinventer les usages d’objets du quotidien. L’Internet des objets fait émerger de nouveaux usages permettant de mieux vivre. Chez Netatmo, nous apportons de vraies réponses aux consommateurs sur des sujets sérieux. Notre objectif est de créer des objets qui mesurent l’environnement afin que chacun puisse mieux le comprendre, agir en conséquence et ainsi améliorer son quotidien.

Vous avez levé en juin dernier 4,5 millions d’euros (Iris Capital, FSN PME et Pascal Cagni – Ex-DG Europe d’Apple -). S’agit-il pour les acteurs de «  l’internet des objets » de se développer le plus vite possible, parfois avec une offre de produits famélique ? Certains acteurs, Rafi Haladjian en tête, n’ont pas eu de prime à la nouveauté avec des produits comme le Nabaztag.

Rafi Haladjian a créé le premier objet connecté avec Nabaztag bien avant l’émergence de ce nouveau segment de marché. A mes yeux, c’est l’un des pères de l’internet des objets. Développer un objet connecté demande un soutien financier conséquent d’environ 2 millions d’euros. Les acteurs de l’internet des objets ont besoin d’être soutenu par des investisseurs qui garantiront leur développement, comme ce fut le cas pour Netatmo.

Selon vous, quand va réellement décoller ce marché ? En d’autres termes, quel sera l’ «  iPhone »  de l’internet des objets ? Car si l’on en croit les ventes de certains de vos confrères, le Nabaztag de Violet n’aurait été écoulé qu’à 150 000 exemplaires contre 500 000 pour les AR.Drone de Parrot… Cela ne représente donc qu’un micro marché…

Tout comme l’Internet est venu ‘’manger’’ le monde des télécoms, les objets connectés sont en train de révolutionner de nombreux secteurs comme l’automobile, la santé, la maison et le « wearable ». Les objets connectés sont disruptifs et permettent de réinventer les objets du quotidien, souvent oubliés, à l’image de notre Station Météo et de notre Thermostat.

Station Météo de Netatmo

Il n’y a que les Smartwatch qui semblent connaitre un succès important, avec pas moins de deux millions d’exemplaires écoulés en 2013 selon Strategy Analytics. S’agit-il d’un phénomène  éphémère selon vous ?

Je ne crois pas que ça soit éphémère. Les produits ‘’wearables’’ sont en train de devenir un ‘’fashion statement’’. Dans 10 ans plus de 50% des objets seront connectés. Nous sommes en train de passer, pour des raisons écologiques, dans un monde avec beaucoup moins d’objets mais dotés d’une véritable utilité.

Les pionniers français (Withings, Sen.se, Kolibree, Netatmo, Archos, Parrot ou Hapilabs) de l’internet des objets envahissent le secteur de la santé. La prochaine étape est-elle de proposer le remboursement de ces objets connectés par les mutuelles ?

Je ne sais pas mais les objets connectés sont en effet très utiles et permettent d’observer, de mesurer, d’analyser certains paramètres afin de prendre de bonnes décisions pour soi ou pour son environnement.

N’y-a-t-il pas déjà trop d’objets connectés ? Des fourchettes aux matelas en passant par des brosses à dents ou des bracelets… cela ne décrédibilise-t-il pas ce marché ?

Les objets connectés doivent apporter aux utilisateurs un véritable confort et une proposition de valeur claire pour que les consommateurs les adoptent naturellement. Chez Netatmo, nous apportons de vraies réponses aux consommateurs sur des sujets sérieux.

D’autant plus que de plus en plus de sociétés proposent davantage de produits connectés, notamment sur des plateformes de crowdfounding comme Kickstarter ou Indiegogo…

La plupart des campagnes sur Kickstarter s’élèvent à 300 000 euros. Ce montant ne permet pas de développer des objets de qualité et nuit à l’image globale du secteur.

Finalement, pour permettre aux objets connectés de devenir réellement grand public, ne faut-il pas une norme commune à tous les acteurs du marché ? Comme le GSM dans la téléphonie mobile. Cela aurait l’avantage de permettre d’utiliser plusieurs produits (balance connectée de Withings, station météo de Netatmo, montre d’Archos, capteurs Cookies du Moteur de Sen.se) via une seule et même application…

Il existe déjà deux principaux standards pour les objets connectés : le WiFi et le BLE. Le reste, ce ne sont pas des standards mais du marketing de marque !

Par ailleurs, certains objets communiquent déjà entre eux via des services comme IFTTT (If this than that). La Station Météo est déjà compatible avec  ce service.  Grâce à cette nouvelle intégration, les utilisateurs ont la possibilité de connecter leur Station Météo à un objet d’un autre constructeur. Ils peuvent créer des règles ou des alertes personnalisées, ou des combinaisons d’actions possibles (appelées « recettes »), liées à la température, à la pression barométrique, au taux de CO2, au niveau sonore ou au taux d’humidité.

Frédéric Potter, je vous remercie.

  1. 26/11/2014 à 22:33 | #1

    Vous avez raison, les objets dits « connecté » coûtent souvent les yeux de la tête. Mais ça en vaut la peine. Et pour les acteurs du marché, ils sont contraints d’établir ce prix pour assurer la qualité des objets. Cependant, pour le grand public, il y a encore du chemin à faire. Du moins c’est ce que je pense.

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