Accueil > Débat > Statistiques ethniques : la France en retard par rapport aux USA ?

Statistiques ethniques : la France en retard par rapport aux USA ?

NewYorkLivreAu Royaume-Uni (depuis 1991) et aux Pays-Bas, le gouvernement les utilisent pour recenser l’ « origine ethnique » de ses habitants (source). Aux Etats-Unis, elles sont monnaie courante.

En France, il est interdit d’y recourir depuis le 15 novembre 2007, suite à la décision du Conseil constitutionnel d’invalider l’article 63 de la nouvelle loi sur l’immigration, autorisant l’usage des statistiques ethniques (source). Pourquoi ? La conduite de ces statistiques « ne saurait, sans méconnaître le principe énoncé par l’article 1er de la Constitution, reposer sur l’origine ethnique ou la race ».

Mais il existe une dérogation dans le domaine de l’éducation pour obtenir des statistiques sur l’origine des élèves et leur parcours scolaire (source). Officiellement, le pays ne dénombre que 2 groupes : les Français et les étrangers qui n’ont pas la nationalité française. Et bien souvent, les statistiques ethniques riment avec statistiques éthiques. A tort ou à raison ?

68,6% des enfants d’immigrés méxicains résidants aux Etats-Unis ont grandi dans une famille avec deux parents; 28% ont grandi dans un quartier où l’on trouve de la drogue, des crimes et des gangs; 17,6% ont au moins le Bac; 17,5% ont déjà été incarcérés.

Wall Street Journal (avril 2009)

Article Wall Street JournalDifficile en étant Français de ne pas réagir à la lecture de ces quelques phrases, pourtant tout à fait banales dans les articles des quotidiens américains à grand tirage.  Car tout comme pour la publicité comparative, nous ne sommes pas habitués à digérer ce type d’informations. Ces statistiques sont-elles choquantes ? Incitent-elles à la haine raciale ? Elles font débat. Pourtant, l’opinion publique semble avoir déjà tranché : 55% des Français jugent inefficaces les statistiques ethniques (source).

Elles auraient tout de même pu voir le jour, Nicolas Sarkozy s’étant penché sur la question par l’intermédiaire de Yazid Sabeg, le commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances. Dans son rapport sur la promotion de la diversité, il en étant en effet question mais l’idée a été abandonnée pour laisser place à des « enquêtes anonymes et volontaires » (source). En d’autres termes, les statistiques ethniques ne seront pas autorisées en France. Il n’y aura qu’une possibilité de, je le cite, « déclarer son sentiment d’appartenance à une minorité ».

Pour aider à se faire un avis sur le bien-fondé de ces stastiques tant redoutées, je me permets de citer deux extraits d’un article des Echos (mai 2009):

  • Dans le clan des « pour » :

La réalisation de statistiques générales sur la population coïncide avec l’émergence de l’idée de nation. Elles en sont en quelque sorte le miroir chiffré. Mais l’image que risque de produire ce miroir et l’usage qui pourrait en être fait, manifestement, inquiètent. Le miroir, c’est un comble, menacerait la cohésion nationale… Mais pendant que ce débat s’éternise, les discriminations prospèrent. Pour corriger l’écart entre l’idéal républicain d’égalité et la réalité, des outils de mesure des discriminations sont nécessaires. Croire que ces outils menacent la cohésion nationale est un leurre. Ce qui la menace vraiment, c’est l’inaction.

  • Dans le clan des « contre :

La question n’est pas de savoir s’il faut mesurer la diversité mais elle est de savoir pourquoi et comment la mesurer. Classer les individus selon leur sentiment d’appartenance à un groupe, c’est prendre le risque de susciter au mieux une identification à un groupe, au pire une identité à une minorité. C’est forcer des membres de notre communauté nationale à se penser non plus comme Français mais comme Noir ou comme Asiatique, par exemple, alors même que nombre d’entre eux, intégrés depuis une ou deux générations, ne se poseraient plus la question en ces termes.

Dans le même ordre d’idée, l’Express a publié un article très intéressant sur le rapport Sabeg recensant les avis de quelques têtes pensantes spécialisées dans les luttes contre les discriminations. En résumé, Patrick Lozès, le président du CRAN (conseil représentatif des associations noires) est « pour » mais Dominique Sopo, le président de SOS-Racisme et Louis Schweitzer, le président de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) sont « contre ».

Quelles sont alors les informations légales que l’on peut obtenir sur l’ « origine ethnique » des Français ? Elles sont peu nombreuses et ont été réunies dans un tableau publié dans le Figaro en mars 2009. En résumé : La France comptait 2,4 millions d’immigrés actifs en 2007, ce qui représentait 8,6% de l’ensemble des actifs. Et encore plus parlant, les personnes de nationalité française ont eu en 2007 un taux de chomage de 7,5% contre 16,3% pour les étrangers. Les statistiques ethniques ont-elles une chance de changer la donne ?

Le visage de l'immigration française (c) Le Figarocrédit image : Le Figaro

  1. Stan
    26/11/2009 à 11:44 | #1

    Bizarrement l’exercice transparente de statistique ethnique serait nécessaire dans le débat actuel sur la question de l’identité française. A partir du moment ou on serait capable de définir qui est français et qui ne l’est pas, il serait nécessaire de savoir distinctement et de manière chiffrée l’existence et le devenir de ces deux catégories. Il est vrai que la question de l’identité française obligera certains citoyens à se trouver une nationalité de substitution quand ils ne rentreront dans aucune case ethnique si ce n’est que leur facies ou leur différence phénotypée. A partir du moment où on sera capable de se poser la question profonde à savoir : quels sont les critères qui définissent notre aptitude à être des Français « à part entière ». En dehors de la carte d’identité nationale qui jusqu’alors était sufisante pour certifier l’identité d’un français, je ne vois absolument pas quel serait l’autre moyen qui pourrait être mis en place officiellement pour justifier notre « authenticité ». Il faudra bien prendre en considération d’autres critères, mais lesquels ?

  2. Alex
    15/09/2014 à 18:15 | #2

    « La France en retard par rapport aux USA ? » Mais pourquoi faudrait-il suivre ce modèle ? Les américains ont une culture très communautaire, ce qui n’est pas le cas en France. ça explique je pense pourquoi ils font toutes ces statistiques. Seulement qu’est ce que cela change par rapport à une situation, que tant de noirs ont voté pour untel, ou que tant d’arabes ou d’asiatiques sont au chômage? Quel est l’intérêt ? Si quelqu’un est pauvre ou riche, en quoi son origine change-t-elle quelque chose à cela ? aux états-unis, dès qu’une statistique sort, que ce soit sur les sondages de vote, sur les taux d’entrée à l’université ou les grossesses adolescentes, il y a une division par origine ethnique.Mais je ne vois pas en quoi cela fait avancer le problème ou aide à le comprendre.

  1. Pas encore de trackbacks